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La signature est l’ouverture d’un signe anonyme à l’endroit du nom qui nous appelle.
Apparaissant et venant de l’en deçà du signe, esquissée, dessinée, elle ne vient pas sur, elle provient de. Elle est filigrane. Elle tient là, entre la surface et l’autre face, le paradoxe de ne pas être une image tout en faisant signe vers toute image. Une autre image se maintient en elle, à jamais immatérielle.
Deux mémoires s’y jouent, l’une immuable et hors le temps linéaire et narratif, l’autre inscrite dans l’acte qui l’a produite comme signe ici — tracé. Mémoires superposées ne formant plus qu’un seul indice.
De quelle manière s’écrit-elle lorsqu’elle se tente, telle une première tension sur le vide ? Car elle n’a pas lieu là, sur la page. Elle est hors lieu et dans une marge qui n’est pas note, annotation, mais décision.
Quelqu’un se résout à mêler ces deux mémoires dans le nom qu’il porte, état civil ou état d’être, une « griffe » se forme et surgit peu à peu. Au commencement, elle se cherche, s’essaie, puis se décide, elle crypte le nom, l’enserre de lignes, le tisse et le lie à la voix silencieuse d’un autre nom : « du nom jamais porté qui est soi ». Dans la tension de cette « couture » s’entend déjà non pas seulement le vide d’un signe arbitraire, mais la présence certaine d’un signe à venir et de mémoire, en deçà de toute mémoire vers le seuil immémorial du souvenir de soi.
Dans son exercice, elle est lettre, ligne, point, allant du trait à la biffure, de la boucle au gribouillis, du caractère exsangue à la lettre majestueuse, elle est en quête de son rythme, de sa concentration.
Imaginons que nous puissions oser l’acte de signer avec la signature elle-même, et cela incessamment, un peu comme on s’y applique en la cherchant. Comme une tautologie en guise de simulacre ne laissant voir de celui-ci qu’une sorte de répétition légèrement variante, insistante, de formes, de silhouettes, de profils, en un dessin manipulé, apprivoisé. Nous pourrions ainsi approcher une définition de la signature comme acte précis et essentiel, résumant et traduisant une dialectique entre la matière et la forme en résolvant cette dichotomie dans un résidu alors impossible à déchiffrer, mais exact à l’endroit de son geste et de sa résonance : une identité.
Ainsi, avec Signature (solo), nous tenterons d’esquisser jusqu’à la transparence les matériaux qui ont construit le Projet 2 avenues, en revisitant l’écriture du projet dans la scansion de son geste.
La matière et l’écriture du Projet 2 avenues forment à elles seules, dans leur continuum et leur exercice, une signature — une signature-chemin — comme toute écriture est un style, un stylet. Mais la texture chorégraphique est aussi une image, une image complexe puisqu’elle interroge par le sens même de sa présence à l’intérieur d’un sujet « corps et âme » la question de la représentation.
Dans l'élaboration d'une dramaturgie chorégraphique, des croisements s'opèrent avec d’autres situations artistiques éclairant celle de l’art de la danse proprement dit. Quelques déclinaisons qui sont des topos de la représentation : théâtre, arts plastiques, musique. En posant la danse comme « apparition » sans médium, nous sommes confrontés à une résistance du poétique et à une impasse du discours face à la question de l’espace spectaculaire ou performatif.
Cette impossibilité du discours à nommer l’endroit de la danse, son lieu exact, est due au fait qu’elle n’a pas d’autre lieu que celui de sa propre disparition ainsi que simultanément de l’espace dans lequel elle semble avoir paradoxalement lieu.
Dans la signature ce pouvoir d'étrangeté du poétique s’exerce et se donne à voir, car le nom du silence est proche de cette béance primordiale et initiatique qui inscrit la voix et la nomination dans une répétition incessante à l'endroit sans cesse renouvelé de l'incidence du geste et de ce qu'il inaugure.
Signature (solo)
Création 2009 | Théâtre Brétigny, scène conventionnée du Val d’Orge Pièce solo - durée 55’
Conception, chorégraphie, création sonore, scénographie et lumière : François Laroche-Valière | Interprétation : Julien Monty | Collaboration à la création sonore, mixage : Frédéric Peugeot | Avec la voix de Judith Kan | Collaboration artistique, graphisme : Lucile Adam | Conseil à la scénographie : Antoine Garry | Costume : Catherine Garnier | Chargé de projet et de médiation : Thomas Peyres | Direction technique et régie générale : Nicolas Prosper | Constructeurs : Pascal Gras, Nicolas Javel | Administration et production : Célia Jalibert.
Production : Association Arcane-21 - Cie Studio Laroche-Valière | Coproduction : Théâtre Brétigny, scène conventionnée du Val d’Orge - Centre Chorégraphique National de Franche-Comté à Belfort dans le cadre de l’Accueil/Studio | Avec le partenariat du Théâtre Paris-Villette | La Compagnie est en résidence au Théâtre Brétigny - scène conventionnée de la communauté du Val d’Orge et à Mains d’Oeuvres - St Ouen | Dans le cadre de sa résidence au Théâtre Brétigny, la compagnie est associée au CAC Brétigny et au Centre culturel de La Norville | La Compagnie a bénéficié de la mise à disposition de studio au Centre national de la danse - Pantin | La Compagnie est soutenue par le Ministère de la Culture et de la Communication, DRAC Île-de-France et le Conseil Général de l’Essonne.
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